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Station Moustérienne

Mutzig Felsbourg 27

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Eté, juillet 39.999 av. J.C.

Moi et ma tribu attendions impatiemment depuis plusieurs jours déjà, la grande migration de printemps des rennes qui rejoignaient les secteurs vosgiens de montagne plus frais. Ils devaient traverser la plaine d'Alsace pour s'aventurer dans la vallée de la Bruche, voie de pénétration majeure vers le massif vosgien. La semaine passée nous avions chassé les mammouths du troupeau qui paissait au débouché de la vallée en plaine, sur la steppe qui regorgeait maintenant de graminées. Nous avions alors isolé un petit mammoutheau que nous avions ensuite dépecé à l'aide de couteaux à dos faits en roches volcaniques vitreuses ramassées au Nideck et taillées au campement du Felsbourg. Nous avions ensuite rapporté les quartiers de viande au camp, à moins d'un kilomètre de notre prise. Depuis, les vivres se font maigres. Parfois, mon clan et moi mourons presque de faim lorsque le gibier se fait rare ; des instants qui s'effacent d'autant plus rapidement que les moments de fête abondent lorsque la chasse aux chevaux sauvages ou rennes est bonne. Lorsque nous tuons plusieurs chevaux, rennes ou bisons, les proies alors plus grosses que le besoin, alimentent le clan qui en vit pendant plusieurs semaines.

Je sais où la vie sauvage se cache et lorsqu'il est temps de changer de camp. Je suis un chasseur nomade qui vit au rythme de la migration des gibiers. " Ils arrivent, ils arrivent, ils s'en viennent ! " clament les guetteurs postés au sommet de l'une des terrasses gréseuses du Felsbourg, faisant promontoire. Le jour de la grande chasse est arrivé ! Les guetteurs ont repéré un troupeau de rennes qui remontait vers la vallée en provenance des coteaux de Dorlisheim. Au campement l'alerte est donnée. Les chasseurs se concertent et les groupes se forment. Quelques hommes et femmes partent en rabatteurs en longeant le Felsbourg vers Mutzig, afin de prendre le troupeau à revers pour l'amener à circuler au plus près des versants à l'est de la vallée, vers le Geisberg où le piège se refermera, là ou nous avons préparé des palissades d'épieux soigneusement camouflés par des graminées…

L'hallali ! Le troupeau de rennes sauvages est apeuré par les bruits du groupe des rabatteurs, les animaux fuient naturellement vers le passage à gué qui traverse la Bruche près du Geisberg, là ou nous souhaitions qu'ils aillent ! Instinctivement, ils remontent le talus afin de fuir le danger venant par derrière eux. Une puissante, superbe renne femelle et son faon arrivent à découvrir la ligne d'épieux plantés devant eux, ils arrivent à esquiver, mais ceux qui suivent ne la voient pas.

Dans un bruit de halètements et de cliquetis de cornes, les rennes passent et fuient vers la pente du Drei-Spitze, au dessus du Geisberg. Le deuxième groupe de chasse auquel je participe se révèle alors. Nous sortons de derrière les rochers du Geisberg, depuis un petit promontoire où nous nous tenions et d'ou nous observions la scène. Nous nous précipitons alors vers les pièges en hurlant, armes en main : je tiens une lance au bout de laquelle j'ai inséré une pointe Levallois acérée, fichée dans l'arme et collée avec de la sève de bouleau et d'épicéa durcies, d'autres ont des des épieux dont la pointe a été durcie au feu, des massues de bois, ou tiennent à deux mains des blocs de grès de plusieurs kilogrammes, de gros galets quartzeux ramassés dans la Bruche. Un fourmillement de rennes dont certains embrochés sur les pointes d'épieux ou blessés se débat, tentant de fuire vainement... Nous les achevons en leur fracassant le crâne. Je pique ma lance entre les pattes de devant d'un grand renne mâle qui s'effondre aussitôt. Ses magnifiques andouillers me serviront de trophées pour la tente et de percuteurs pour débiter les roches me servant à fabriquer mes outils...

La chasse se termine, nous emmenons les bêtes au campement distant de 400 mètres, là nous les écorcherons et découperons. Les peaux serviront à nous habiller et à recouvrir nos tentes. Nous mangeons la viande crue, cuite ou fermentée ; je casse systématiquement les os longs avec un percuteur en roche dure pour en extraire la moelle. La chasse ayant été très bonne, nous faisons sécher des bandes de la chair de plusieurs bêtes en prévision de temps plus durs... Cette chasse fut un événement dont le clan pu se réjouir et festoyer plusieurs jours durant. Lorsque la première lueur du jour me réveille, je poursuis ma marche, javelot en main, en quête de gibiers : lièvres, martres, écureuils ou oiseaux, je suis attentif aux signes qui indiquent leur présence... Ainsi je vivais jadis à Mutzig, aux environs du Felsbourg, au temps des glaciations et des grands pachydermes, des nombreux troupeaux de rennes de la période glaciaire de Würm, au Paléolithique moyen. Ainsi je vivais, il y a de cela maintenant plus de quarante millénaires…

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