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Néandertal en AlsaceVosges
Exposition à Strasbourg en 1996

Le mammouth refait surface
Géologie, Neandertal en Alsace, Station de Mutzig, Station de Nideck, Infos, Fond écran,
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Le musée archéologique de Strabourg présente une exposition centrée sur les mammouths et les hommes préhistoriques qui vivaient dans la vallée de la Bruche, il y a de cela 50 000 ans.


Le mammouth stimule les imaginations depuis qu'on retrouva le premier spécimen, impeccablement congelé dans le sol sibérien, en 1799 (photo DNA)

Avant d'être réquisitionné par la vente en grande surface, le mammouth promenait ses six à dix tonnes de viande dans la nature. Cela nous ramène 50 000 ans en arrière, quand l'activité de boucherie se traitait directement du producteur au consommateur. Autrement dit, du mammouth à l'Homme de Neandertal.
En ces temps paléolithiques, le mamouth alsacien n'était pas rare. Il représentait un tiers des gros mammifères, soit autant que le renne (à des degrés moindres, on trouvait aussi le cheval, le cerf, le loup, le bison et l'aurochs).
Les troupeaux de mammouths empruntaient souvent l'actuelle vallée de la Bruche et leur masse excitait la convoitise de l'Homo pas encore sapiens-sapiens qui vivait sur la hauteur, dans les cavernes de la falaise du Felsbourg.
Confort minimum. Feux de bois et peaux tendues pour protéger chichement de la pluie, du vent et de la neige. Car il neigeait beaucoup. Les paléontologues sont formels, on était à la fin de la glaciation de Würm, et un climat de type sibérien régnait sur l'Alsace. D'où l'intérêt du mammouth.

Graisse anti-gel
Se saisir d'un mammouth, impressionnant garde-manger sur pattes, était une assurance survie. Il donnait, outre la viande, une peau dont les poils faisaient d'appréciables quoique rugueuses couvertures, et de la graisse qui, tartinée sur le corps (comme font les Esquimaux avec la graisse de phoque), protégeait du froid. "Dans le mammouth, tout est bon", résume plaisamment Bernadette Schnitzler, conservateur du musée archéologique de Strasbourg.
On imagine que tuer un mammouth avec pour toute arme des pieux aux pointes durcies au feu était une performance. Le plus simple était de dépecer les individus dont la lourde masse s'était embourbée dans un marécage. Sinon, il fallait compenser la grande faiblesse humaine par une organisation sociale efficace, reposant sur la collaboration astucieuse des rabatteurs et des chasseurs.

Un langage articulé
Comment les hommes de Neandertal comuniquaient ils ? On en est réduit aux conjectures, mais Jean Sainty, ingénieur au service régional d'archéologie, souligne qu'anatomiquement rien ne contredit l'existence d'un langage articulé (*)
Reconstituer tous ces éléments est une gageure pour l'archéologue alsacien : dans la région, les gisements paléolithiques sont rares. "Ils sont généralement enfouis sous des dizaines de mètres de loess. Le site de la vallée de la Bruche est donc de première importance", indique Bernadette Schnitzler.
On doit sa découverte à la sagacité d'un habitant de Mutzig, Bernard Wipf : en 1992, il effectuait des travaux chez lui lorsqu'il trouva des ossements curieux ; plutôt que de passer outre, il eut l'intelligence de les montrer à des spécialistes. Des fouilles furent décidées, et c'est ainsi qu'on eut des nouvelles fraîches des mamouths d'il y a 50 000 ans et de leurs intrépides chasseurs...

Pauvre en silex
Les archéologues ont retrouvé plus de 1500 outils et éclats de débitage. "Contrairement à d'autres régions, l'Alsace était très pauvre en silex ; les hommes du Paléolithique durent tailler des roches nettement plus dures", explique Bernadette Schnitzler. Ainsi naquirent des couteaux, racloirs, et grattoirs en schistes ou en rhyolites...
L'exposition présentée à Strasbourg retrace classiquement sous des vitrines et à l'aide de panneaux explicatifs, les bases de la vie au Paléolithique moyen. On y voit d'impressionnates molaires et machoires fossiles de mammouths, dont plusieurs proviennent des découvertes faites en quatorze ans de patience par Georges Roques dans la gravière de Bischwiller-Hanhoffen (**).

Congelé en Sibérie
En 1977, des chercheurs d'or de la région de Magadan en Sibérie déterrent à la pelle mécanique un bébé mammouth congelé momifié. Agé de 7 mois au moment de sa mort, "Dima" est dans un état de conservation exceptionnel et a rejoint les mammouths de la Beresovka, dans les collections du musée zoologique de Saint-Pétersbourg.

Aujourd'hui, toutes ces informations paraissent normales. Notre savoir est pourtant récent : il y a 250 ans, nos aieux ignoraient tout du mammouth. Il fallut en effet attendre la découverte de grands gisements fossiles, dans les sols congelés de Sibérie, à la fin du XVIIIème siècle, pour avoir une idée correcte de ce lointain parent de l'éléphant.
Aujourd'hui, c'est l'éléphant qui subsiste seul. Le mammouth, mis à part quelques colonies tardives et isolées, s'éteignit il y a environ 10 000 ans. Il avait bien tenté de remonter vers le nord, mais faute d'avoir su s'adapter assez vite à un climat en net réchauffement, disparut à tout jamais de la surface de la Terre.
Dominique Jung

*) L'homme de Neandertal s'éteignit il y a environ 35 000 ans, dans des conditions qui resteront énigmatiques. Mais la relève était assurée par notre ancêtre direct, l'Homme de Cro-Magnon, qui était, exactement comme nous, un "Homo sapiens sapiens".
**) Catalogue scientifique illustré de 67 pages.

© Dernières Nouvelles d'Alsace, 1er février 1996, Ed. Strasbourg.

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